Cluster Creation elisabeth peclat soprano

La Voix Humaine

Articulation du spectacle

Préambule autour de la Création de « La Voix humaine » (en 1959), avec pour source: les informations existant au sujet de Cocteau (metteur en scène de de la création de l’oeuvre mise en musique en 1959), Poulenc et Denise Duval (la cantatrice amie de Poulenc ayant créé le rôle). Le tout mis en forme par l’auteur Pierre Louis Péclat. Ces moments de lecture seront ponctués par : « LA COURTE PAILLE », un cycle que Poulenc a tout spécialement composé pour le fils de Denise Duval.

 

Pourquoi « La Voix humaine » et pourquoi aujourd’hui?

Un drame de la solitude. « La Voix humaine » est avant tout UN DRAME DE LA SOLITUDE: une femme se languit du dernier appel téléphonique de son amant. Cette « Voix » résonne encore plus fort aujourd’hui où les drames de la solitude sont courants alors que les moyens de communication se sont multipliés: on se quitte, on annonce son souhait de divorcer par courriel ou pire par sms.

La multiplicité de moyens de communication: une « arme effrayante »? A l’heure de toutes les solitudes qui ne pourrait dire, comme le dit la femme de « La Voix »: « Si tu ne m’aimais pas et si tu étais adroit, le téléphone deviendrait UNE ARME EFFRAYANTE. Une arme qui ne laisse pas de trace, qui ne fait pas de bruit » N’avons-nous pas tous en mémoire l’un ou l’autre fait divers où la destruction de liens humains a causé la mort de tout ou partie d’une famille?

Le temps où on pouvait se voir, se toucher, se parler. Le personnage de « La Voix humaine » aurait souhaité pouvoir infléchir le souhait de son amant de la quitter. Qui ne se sentirait pas concerné d’autant plus par ces paroles aujourd’hui? « Dans le temps, ON SE VOYAIT. On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l’impossible, convaincre ceux qu’on adorait en les embrassant, en s’accrochant à eux. Un regard pouvait changer tout. Mais avec cet appareil, ce qui est fini est fini. »

Ne plus souffrir, « hier soir, j’ai voulu prendre un comprimé pour dormir; je me suis dit que si j’en prenais plus, je dormirais mieux et que si je les prenais tous, je dormirais sans rêve, sans réveil, je serais morte »

Le mensonge. Les téléphones mobiles et les sms, internet et les courriels, les sites « de rencontre »… où il est si facile de se cacher. La femme de « La Voix humaine » se cache elle aussi. Elle ment sur son habillement « Ma robe rose, mon chapeau noir, j’ai encore mon chapeau sur la tête »… elle s’aperçoit que son amant lui ment lui-aussi, il n’est pas chez lui, il est dans un cabaret (« un boeuf sur le toit », dit Poulenc)… alors elle lui avoue « depuis un quart d’heure je te mens, je n’ai pas ma robe rose, j’ai un manteau sur ma chemise… »

Les rôles de la musique. La musique joue différents rôles dans « La voix humaine ». Elle vient dire le drame de quand le lien est coupé et que cela sonne occupé, dépeint les sentiments de la personne délaissée par l’être aimé qui essaie sans cesse de partir dans les beaux souvenirs d’autrefois, son monde merveilleux, mais à chaque » point d’orgue » intervient une remarque si terriblement banale et pauvre de son interlocuteur qui l’arrache à son univers de quand tout était beau, ainsi la musique se fait » livide » et même disparait tout à fait pour laisser la femme exprimer son désarroi dans le silence musical. On comprend l’enthousiasme de Cocteau, auteur du texte, quant à la mise en musique par Poulenc de son oeuvre. Oui, la musique raconte la part ineffable de « La voix humaine ».